La disparition des plantes

Dans ce nouveau sujet, nous nous efforcerons de comprendre l’origine et le rôle fondamental des plantes dans le maintien de l’équilibre de toute la biosphère, mais aussi les causes qui entraînent aujourd’hui leur destruction de masse. Et pour rester dans le cadre de la transition écologique, nous aborderons enfin les solutions déjà envisagées et celles qu’il reste encore à mettre en place tant à l’échelle mondiale qu’à l’échelle de l’individu, afin de préserver les richesses de cette biodiversité. 

L’origine des plantes

Pour comprendre leur disparition, remontons tout d’abord à leur naissance.

Le terme « plante » est très vaste puisqu’il fait référence à la vie végétale dans sa globalité, de la plus petite herbe aux plantes grimpantes et jusqu’aux arbres. 

Les plantes occupent pratiquement tous les milieux terrestres et aquatiques. Elles se sont diversifiées et réparties au fil du temps en fonction de la température, de la nature des sols, de la quantité d’eau disponible, de la chaleur ou de la lumière, des éléments indispensables à la photosynthèse. 

Par ce processus, la plante va tirer parti de l’énergie contenue dans la lumière pour fabriquer du sucre à partir d’eau et de dioxyde de carbone. Cette photosynthèse permet de maintenir, de manière constante, le taux d’oxygène dans l’atmosphère terrestre, et permet d’apporter une bonne partie de la matière organique nécessaire à la vie sur Terre.

Évolution des plantes 

Alors bien sûr, il est plus facile de s’émouvoir face à un bébé panda ou un oiseau exotique au plumage coloré et pourtant, les plantes présentent en réalité des richesses et des capacités de développement absolument stupéfiants. 

À l’origine de la Terre, il y a environ 4,5 milliards d’années, il n’y avait rien. Les premières traces de vie connue remontent probablement à 3,8 milliards d’années. Des algues et des êtres monocellulaires majoritairement, vivant dans l’eau sans oxygène, mais qui utilisaient déjà la photosynthèse. 

Très progressivement, des cellules à noyau font leur apparition en même temps que les algues vertes qui enrichiront davantage l’atmosphère en oxygène. Les conditions sont réunies pour que les premières espèces végétales se hasardent hors de l’eau, il y a environ 400 millions d’années. 

Mais pas question de s’éloigner des berges, les ancêtres de nos prêles et de nos fougères sont encore dépendantes de l’eau pour se reproduire via l’expulsion de cellules plus communément appelées des spores. Il faudra attendre 100 millions d’années supplémentaires pour que les premiers conifères, mieux adaptés aux milieux plus secs, pointent le bout de leurs aiguilles. Avec eux apparaît la graine et la conquête des terres peut vraiment commencer. 

Les racines se développent, les feuilles s’aplatissent pour mieux capter la lumière. 

100 millions d’années plus tard, le perfectionnement des plantes donne naissance à un nouvel organe reproducteur très perfectionné : la fleur. La nature se pare de couleurs et de parfums pour attirer les insectes pollinisateurs que l’on retrouve déjà en grand nombre. 

Lorsque s’ouvre finalement le Crétacé, il y a 145 millions d’années, le climat est devenu plus humide, les dinosaures sont à leur apogée. Une épaisse forêt tropicale recouvre la France, les températures sur notre territoire sont supérieures d’environ 12 degrés par rapport à aujourd’hui. Et l’Homo Sapiens, apparu il y a 300 000 ans seulement, est encore bien loin.   

Longtemps ignorées de l’Homme, de nombreuses études ont mis en évidence les caractéristiques étonnantes des plantes. On y apprend notamment qu’elles posséderaient le sens du toucher et seraient en mesure de communiquer entre elles via de nombreux capteurs. Dans la canopée par exemple, les arbres adaptent leur croissance aux autres arbres afin d’éviter de se toucher entre eux. C’est ce que l’on appelle la « timidité des cimes » et cela témoigne d’une véritable perception de leur propre corps et de l’environnement.

De nos jours, le rôle et le comportement des plantes font l’objet d’un nombre croissant de recherches. Et il faut dire que le sujet d’étude est passionnant et regorge de surprises.

Bienfaits pour les écosystèmes 

Car après tout, les plantes résident au cœur de la biodiversité mondiale.

En absorbant une bonne partie du dioxyde de carbone que nous rejetons, ce sont elles qui participent à maintenir des températures vivables sur Terre. Elles sont aussi essentielles à la fertilité des sols en aidant à la purification et à l’infiltration des eaux. Et bien entendu, nous les retrouvons à la base de la chaîne alimentaire. Elles servent ainsi de réserve de nourriture pour les animaux végétariens qui seront ensuite mangés par les espèces carnivores et omnivores dont nous faisons partie. 

En d’autres termes, sans plantes nous ne pourrions pas être là. D’autant plus qu’au-delà de celles qui nous fournissent directement en nourriture, fruits, légumes, céréales, nous les utilisons au quotidien de bien d’autres façons. 

Rapports spécifiques à l’Homme

En Afrique de l’Ouest, plus de 80% de la population a recours aux plantes médicinales pour des soins de santé primaire. Nous-mêmes avons pris l’habitude d’en faire des infusions, des huiles essentielles et des médicaments destinés à traiter toutes sortes de maux un peu à la manière d’autres espèces d’animaux. C’est la phytothérapie.

Le fenouil par exemple est reconnu pour ses qualités drainantes, la camomille est un excellent remède contre les troubles digestifs tandis que l’Aloe Vera était déjà utilisée comme cosmétique au temps de la Grèce et de l’Egypte Antique. Aujourd’hui, elle soigne aussi nos maux de ventre et apaise nos brûlures et nos coups de soleil.

Même les risques de pathologies plus lourdes peuvent potentiellement reculer face aux bienfaits de la nature. L’ail est par exemple reconnu comme l’un des meilleurs aliments anti-cancérigènes en plus d’être un bon allié contre le rhume à condition d’être dégusté cru.

Et lorsque nous ne les consommons pas directement, ce sont dans nos intérieurs et nos objets du quotidien que nous retrouvons les plantes. Contrairement aux idées reçues, nos billets de banque sont en réalité 100% coton, tout comme certains de nos vêtements. Le latex, essentiel notamment à la fabrication de caoutchouc, est tiré de l’hévéa du Brésil, une espèce d’arbre, tandis que le papier est produit à partir de bois qui constitue à l’heure actuelle la matière première végétale la plus importante au monde. 

Dans nos peintures, nos encres et nos vernis se cachent encore toutes sortes de teintures d’origine végétale tandis que nos écrans ou nos coques de téléphone portable contiennent des alcools fabriqués à partir de sucres végétaux. 

Les plantes en tant que ressources industrielles promettent d’ailleurs de gagner en importance dans le futur, notamment lorsque les réserves de pétrole commenceront à s’épuiser. Au total, sur les quelques 390 000 espèces végétales connues sur la planète, 57% sont utilisées pour la médecine et 70 000 autres sont consommées comme nourriture. 

Problèmes écologiques 

Pourtant, nous continuons à envisager la nature et les forêts comme de simples ressources énergétiques, sans aucune conscience de la biodiversité qui s’y trouve ni des risques encourus. Depuis 30 ans, on considère que le rythme d’extinction est de trois plantes chaque année, soit 500 fois plus que ce qu’il se produirait sans l’action de l’Homme.

La destruction des habitats naturels, le changement climatique, la pollution ou la déforestation sont autant de facteurs aux conséquences dramatiques pour notre environnement. Une déforestation liée à l’expansion agricole notamment, au développement de cultures pour nourrir les animaux d’élevage, et à la progression de nos villes. 

Au total, ce ne sont pas moins de 23 millions d’hectares de forêts qui sont détruits chaque année, et la tendance s’accélère encore. Les arbres représentent aujourd’hui 80% de la totalité des espèces végétales disparues. Ils ne recouvrent plus qu’un tiers de la planète là où ils s’étendaient sur 66% des terres il y a 4 siècles. 

Cela s’explique par leur temps de génération et d’adaptation qui s’avère beaucoup plus long que celui des autres plantes. Or, les forêts participent à réduire les maladies infectieuses et sont absolument indispensables à la constitution des nappes phréatiques dans lesquelles nous puisons notre eau potable. Elles abritent aussi 80% de toute la biodiversité terrestre et l’on estime qu’environ 27 000 espèces végétales et animales disparaissent chaque année à cause de la déforestation. 

Des chiffres qui auraient presque tendance à minimiser l’influence du réchauffement climatique sur l’extinction des plantes. Presque, car celui-ci est tout de même responsable de 4% de la totalité des disparitions végétales. Les polluants gazeux que nous rejetons attaquent les feuilles, obstruent les pores respiratoires et privent de lumière la plante qui ne tarde pas à mourir. En réponse à la pollution de l’air, la composition des espèces végétales se modifie, l’absorption du dioxyde de carbone ralentit. 

Sous le coup de nos industries, ce sont aussi les incendies qui progressent. 60 000 à 80 000 incendies de forêts se déclarent ainsi chaque année, pour ravager entre 3 et 10 millions d’hectares. Ils participent ainsi à l’érosion des sols, et au changement climatique. Une situation d’autant plus préoccupante que nous utilisons des produits chimiques pour éteindre ces mêmes incendies. À trop fortes doses, ces substances toxiques peuvent alors s’accumuler dans les sols et polluer les eaux. 

Pire encore, le fuel, le charbon ou les véhicules diesel que nous utilisons rejettent dans l’atmosphère du dioxyde de soufre et des oxydes d’azote qui se dissoudront dans l’humidité des nuages et retomberont de temps à autre sous forme de pluies acides. Elles brûleront les feuilles des plantes et enlèveront encore aux sols de leur fertilité. 

Aujourd’hui, deux tiers des espèces végétales mondiales sont en danger d’extinction à brève échéance.  

Et puisqu’elles souffrent en silence, nous n’y prêtons pas vraiment attention. L’état de santé actuel des plantes est très mal connu, car très peu documenté. Nous ne savons même pas précisément combien d’espèces végétales vivent sur Terre. Des centaines de nouvelles espèces sont découvertes chaque année et des milliers d’autres ont déjà disparu avant même d’avoir été connues. Et ce sont peut-être des nutriments essentiels et des remèdes miracles qui s’éteignent avec elles.   

Les conséquences de ces disparitions massives commencent déjà à gagner certains éléments de notre alimentations courante. La hausse des températures par exemple complique la production de café et accroît les maladies dans certains pays essentiels au secteur tels que l’Ethiopie. D’un autre côté, des produits communs comme la banane et l’aubergine perdent progressivement de leurs défenses face aux changements de température et aux maladies. 

Les plantes étant à la base de tous les écosystèmes, les espèces végétales et animales entretiennent des liens très étroits. La disparition des unes aura forcément des répercussions sur les autres. 

Par exemple, la déforestation entraîne une augmentation des dépôts de matière dans les rivières. En atteignant les mers et les océans, ces dépôts ou sédiments gêneront le passage de la lumière ce qui aura des conséquences sur la photosynthèse puis impactera à terme la bonne santé des espèces marines. 

Cette même déforestation entraîne d’ailleurs le recul progressif de l’habitat naturel de certaines espèces comme le panda géant. Lui, qui se nourrit de bambous et que l’on observait autrefois dans le Sud et l’Est de la Chine ainsi qu’au Nord du Vietnam, n’a plus droit aujourd’hui qu’à quelques rares parcelles de forêts isolées dans certaines zones montagneuses chinoises. 

De la même façon, les plantes constituent l’alimentation de base d’un grand nombre d’animaux pollinisateurs. Des abeilles bien sûr mais aussi des oiseaux, des insectes, des chauve-souris, et d’autres petits mammifères. Elles offrent ainsi pollen, nectar et eau en échange d’une aide précieuse pour leur reproduction.

Alors bien sûr, le reboisement permet en partie de compenser les pertes. Mais la destruction progresse et les espèces replantées ne sont pas toujours adaptées à leur milieu. 

Solutions à l’échelle mondiale 

Malgré tout, ces dernières années ont marqué un tournant décisif dans la prise de conscience face à l’appauvrissement de la nature. Un peu partout à travers le monde, les pays ont mis en place des projets mutuels ou régionaux destinés à préserver la flore sauvage de la destruction. 

En Suisse par exemple, les marchands de fleurs, les collectionneurs, la foule massive de touristes ou les écoliers en promenade contribuent sans forcément en avoir conscience à l’appauvrissement de la flore des Alpes. Aussi le pays a t-il mis en place un plan d’action en vue de sensibiliser la population et de protéger les espèces de manière directe. 

C’est d’ailleurs en Suisse que la Convention de Berne a vu le jour, en 1979. Toujours en vigueur aujourd’hui, les États signataires se sont notamment engagés à travers elle à intégrer la conservation de la flore sauvage dans leurs futures politiques de développement. 

Quelques années auparavant, en 1976, c’est en France qu’était adoptée la Loi Relative à la Protection de la Nature. Elle permet entre autres de mettre en place ce que l’on appelle communément l’étude d’impact, qui impose une analyse précise des conséquences environnementales avant toute réalisation de travaux d’aménagement sur le territoire. Et aujourd’hui sur l’hexagone, les Réserves Naturelles et les Parcs Nationaux se sont multipliés. Là, la chasse, la pêche, les activités industrielles ou commerciales sont proscrites et les espèces végétales comme animales peuvent prospérer. 13,5% du sol français est actuellement protégé. 

À l’échelle internationale, les programmes sont si nombreux qu’il est difficile de tous les énumérer. Les programmes européens LIFE, acronyme de L’Instrument Financier pour l’Environnement, ont été lancés en 1992 et se répartissent aujourd’hui entre divers plans d’action tournés vers la sensibilisation et l’exploitation rationnelle des ressources. Pour la période 2014-2020, un budget de 3 milliards d’euros a été attribué à la réalisation des différents projets. 

Une période charnière manifestement puisque bon nombre d’autres stratégies ont également placé l’année 2020 en ligne de mire. La Stratégie Mondiale pour la Conservation des Plantes adoptée en 2002 espère ainsi protéger au moins 75% des espèces végétales menacées, et généraliser l’exploitation durable pour tous les produits à base de plantes. Le Plan Stratégique pour la Diversité Biologique adopté quant à lui en 2010 évoque la possibilité de ramener le rythme d’appauvrissement des habitats naturels à zéro. 

Plusieurs démarches ont donc été initié, mais beaucoup reste encore à faire pour atteindre les objectifs fixés. Il appartient maintenant aux gouvernements d’impulser encore davantage de changements et aux entreprises de se tourner vers des exploitations plus responsables. La plupart doivent déjà faire face à des réglementations plus strictes concernant la gestion de leurs déchets. 

Le Congrès Mondial de la Nature de l’UICN 2020, qui se déroulera à Marseille au mois de juin, devra permettre d’adopter une stratégie nationale et mondiale pour la biodiversité, quelques mois avant la COP15 de Pékin prévue pour la fin de l’année. Plus de 10 000 participants issus des gouvernements, des sociétés civiles et des peuples autochtones sont d’ores et déjà attendus. Et grande première, cet événement reconnu comme le plus important au monde ouvrira cette fois ses portes au grand public qui doit devenir lui aussi acteur du changement.

Solutions au niveau de l’individu

Car oui, tout comme pour le changement climatique ou encore la protection des océans, nous avons ici un rôle majeur à jouer. D’autant que les gestes les plus élémentaires sont souvent les plus essentiels. 

En promenade dans la nature, pas question bien entendu de ramasser une plante que l’on ne connaît pas. Une simple cueillette pourrait bouleverser tout un écosystème. À l’inverse, on veillera à ne pas introduire d’espèces invasives. Certaines formes de fougères, de chèvrefeuille ou de genêts sont par exemple considérées comme la seconde plus grande menace après la destruction des habitats naturels.

Il est aussi possible d’agir au niveau de notre consommation en privilégiant des fruits et des légumes locaux et de saison. Cela permet de respecter les cycles naturels et de faire le choix de produits bio présentant un impact minime sur l’environnement. Ce qui sous-entend par exemple de réduire voire d’éliminer bon nombre de nos aliments du quotidien tels que les plats industriels et les pâtes à tartiner, riches en huile de palme. Sa culture est en effet extrêmement néfaste pour la planète puisqu’elle entraîne une déforestation massive en Indonésie et en Malaisie et s’accompagne de fortes émissions de gaz à effet de serre. 

L’avocat, grand favori parmi les adeptes de la cuisine saine, n’est pas en reste. Derrière ses bienfaits indéniables sur la santé, il est extrêmement énergivore en ressources. La récolte de deux avocats et demi nécessite en effet l’usage de plus de 1000 litres d’eau. Ils feront ensuite des milliers de kilomètres avant de se retrouver dans nos assiettes et leur popularité croissante pose une fois de plus le problème de la déforestation. 

Un label « zéro déforestation » devrait d’ailleurs être étudié cette année pour nous aider à consommer de manière plus responsable.

Côté jardin, on arrose ses plantes de manière intelligente, à la racine, et en tenant compte du moment de la journée et de la nature du sol. Les sols argileux ne s’arrosent pas de la même façon que les sols sablonneux par exemple. Pour un arrosage vraiment écologique, on pourra également récupérer l’eau de pluie au bas des gouttières pour la redistribuer via un système de goutte à goutte. 

Finis enfin les pesticides, engrais ou désherbants toxiques. Leurs substances s’infiltrent notamment dans nos nappes phréatiques. Des solutions écologiques existent comme le désherbage thermique ou le recours à des insectes de la même manière qu’il est possible aujourd’hui d’utiliser des produits d’entretien naturels pour la maison.

Conclusion

Pour passer de notre société destructrice à une société durable, respectueuse du vivant sous toutes ses formes, c’est la position de l’Homme en tant que maillon de la biosphère qu’il nous faut reconsidérer. Nous ne sommes pas extérieurs à la nature. Nous en faisons partie, et nous en dépendons. Et si nous sommes les seuls à avoir domestiqué la nature, nous sommes aussi les seuls à mettre en péril l’équilibre de toute la planète. 

Par chance, la nature est résiliente et continue de nous offrir de nouvelles découvertes année après année. Des  variétés inconnues de patate douce, de pomme ou d’ylang-ylang ont récemment été mises à jour par exemple. À nous de nous faire une place au milieu de toutes ces richesses, et d’apprendre à façonner ensemble notre maison commune.  

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