Qu’est-ce que le bio ?

L’alimentation saine fait son grand retour dans nos assiettes depuis quelques années. Il faut dire que les scandales alimentaires avaient déjà fragilisé nos modes de consommation traditionnels, et puis la prise de conscience environnementale s’est généralisée et nous a montré l’exemple d’un mode de vie plus sain. Avec la transition vers des produits 100 % naturels et des alternatives Zéro Déchet, il y a aussi le bio qui s’est fait une place auprès des consommateurs.

Qu’est-ce que cela implique du point de vue de la production ? Quels en sont les avantages ? Comment reconnaître les stratégies du bio industriel ? Aujourd’hui nous nous intéressons à toutes ces interrogations qui subsistent encore.  

Qu’est-ce que le bio ?

Rien que le terme «bio» en lui-même évoque parfois des notions plus ou moins différentes. D’ailleurs, on parle aussi de «bio», en référence à l’agriculture biologique.

Très simplement, l’agriculture biologique est une méthode de production agricole qui vise à respecter à la fois l’environnement, le bien-être animal et à terme, notre santé. Seuls les produits intégrant au minimum 95 % d’ingrédients agricoles certifiés peuvent comporter le terme «bio», ou «biologique». Le cahier des charges est en effet très strict et valable pour l’ensemble de l’Union Européenne, avec de nombreuses mesures portant sur la production, la transformation, la distribution et même l’étiquetage des produits. Interdiction par exemple d’avoir recours aux OGM ou aux produits chimiques de synthèse, ou bien obligation d’utiliser des matières organiques naturelles recyclées. Des contrôles sont régulièrement effectués tout au long de la chaîne de production, pour s’assurer du bon respect des normes imposées. 

Les origines du bio

De façon générale, on serait tentés de croire que le bio est une tendance relativement récente, mais c’est parce que ce mode de production n’a commencé à vraiment se démocratiser auprès des consommateurs seulement depuis quelques années. En réalité, dans les années 20 déjà, une poignée de médecins, d’agriculteurs et de consommateurs avaient imaginé un mode alternatif de production agricole, basé sur des procédés éthiques et écologiques.

Le mouvement progresse au fil des années. Certains évoquent alors les avantages des circuits courts, l’autonomie des producteurs et le rôle du compost dans la fertilité des sols. Dans les années 70, alors que de plus en plus d’accusations sont formulées à l’encontre de la société de consommation, les premiers cahiers des charges privés font leur apparition pour définir précisément les modalités de l’agriculture biologique.

Le terme «agriculture biologique» est officiellement homologué en 1985 et le label associé AB paraît la même année. 

Plus de 30 ans plus tard, les labels se sont d’ailleurs multipliés et les réglementations touchent aujourd’hui davantage de produits et de procédés de fabrication. Il faut dire que côté utilisation de pesticides et protection de la biodiversité, les choses ne sont pas allées en s’arrangeant. 

La situation actuelle

Dans l’agriculture conventionnelle, on utilise de grandes quantités de fongicides et de pesticides pour lutter contre les espèces jugées nuisibles, telles que les coccinelles. Résultat, d’autres espèces prolifèrent comme les pucerons, habituellement mangés par ces mêmes coccinelles. Alors on met au point d’autres pesticides pour lutter contre ces nouvelles espèces et lorsque cela ne suffit pas, on intègre des molécules chimiques directement dans les cultures, la plupart du temps pour les rendre plus résistantes. C’est ce que l’on appelle les Organismes Génétiquement Modifiés. 

Et forcément, ces substances toxiques s’infiltrent dans la terre, dans l’eau, dans l’air et nuisent gravement aux organismes qui y évoluent. À terme, c’est dans nos assiettes que nous les retrouverons. On estime ainsi que dans l’Union Européenne, 24,5 % des espèces en danger sont directement menacées par les pesticides et les engrais chimiques comme c’est le cas des libellules, des abeilles ou des amphibiens. Cela bouleverse l’équilibre de certains maillons essentiels de la chaîne alimentaire, ce qui pourrait à terme avoir des conséquences désastreuses sur la plupart des écosystèmes de la planète.

Côté animaux d’élevage, ce sont entre autres des questions d’éthique qui se posent. Les vaches d’aujourd’hui produisent en moyenne 8000 litres de lait par an contre 2000 dans les années 50, et les poules pondent environ 250 œufs chaque année au lieu de 130, comme c’était le cas dans les années 20. Pour obtenir de tels résultats, pas de secret. Les animaux engloutissent des quantités folles de soja transgénique, qui sont la plupart du temps importé du Brésil ou d’Argentine. 

Et lorsqu’il s’agit d’augmenter un peu plus les rendements, ce sont des parcelles entières de terre qui sont détruites pour y placer du bétail et des élevages dans des conditions toujours plus discutables. 75 % des terres agricoles à travers la planète servent aujourd’hui à élever du bétail, et 80 % de la déforestation mondiale est liée à l’agriculture. 

Se pose aussi le problème des monocultures qui fragilisent les sols et qui se révèlent moins résistantes face aux nuisibles. Ce qui impose d’avoir à nouveau recours aux pesticides. Cela s’observe aussi au niveau du bétail, où l’on observe des spécialisation en fonction des régions. Plus de la moitié de la production porcine française, soit près de 8 millions de porcs, se concentre par exemple en Bretagne où les terres sont saturées d’azote à cause des déjections animales et des engrais alors que d’autres régions ne comptent plus aucun troupeaux.

En bref, des méthodes de production vouées à l’échec sur le long terme puisqu’elles ne tiennent compte ni du rythme de la nature, ni de la biodiversité. Et justement, la prise de conscience écologique nous a poussé à revoir nos modes de consommation.

Comment faire du bio ?

Pour répondre à cette nouvelle demande, le bio s’est démocratisé et avec lui des méthodes de production plus douces et respectueuses des cycles de la nature. 

Ici, les ressources naturelles sont valorisées au maximum pour produire davantage sans nuire aux sols ni aux écosystèmes. Les semences y sont rigoureusement choisies pour résister face aux maladies, des feuilles et des vers de terre aident à empêcher le ruissellement de l’eau, et les organismes nuisibles sont chassés naturellement par différents types de prédateurs. 

Le nombre d’additifs autorisés, comme les conservateurs, est aussi fortement réduit. 47 en tout, contre 300 environ dans l’agriculture conventionnelle. En revanche, aucun colorant ni exhausteur de goût de peut être toléré, tant dans les produits eux-mêmes que dans l’alimentation des animaux d’élevage. 

Le bien-être animal occupe également une place toute particulière dans le bio. À l’inverse de l’élevage industriel, les conditions de vie dans les élevages bio doivent être adaptées  à chaque espèce avec un accès au plein air et le maintien d’un confort suffisant jusqu’à l’abattage. Les œufs bénéficiant du label AB par exemple sont issus de poules disposant en moyenne d’un espace d’1m² pour 6 poules contre 0,075m² pour celles élevées en cage. 

Et bien entendu, le gavage, les hormones de croissance et les farines animales sont formellement interdits. 

Les chiffres sur le bio

Au total, en 2015, plus de 50,9 millions d’hectares dans 179 pays à travers le monde étaient cultivés en agriculture biologique, et la superficie a continué de croître ces dernières années. En dix ans, notre consommation de produits bio a été multipliée par trois. Près des ¾ des Français disent manger bio au moins une fois par mois, et 12 % d’entre eux le feraient même tous les jours. Notre pays est ainsi devenu le troisième marché mondial du bio, avec un chiffre d’affaires très largement rentable de 8 milliards d’euros annuel.

La demande est d’ailleurs devenue si forte que le bio a depuis longtemps dépassé les limites de la seule alimentation. On retrouve aujourd’hui des cosmétiques, des textiles et des produits d’entretien bio fabriqués sans substances toxiques à partir d’ingrédients cultivés dans le respect de l’agriculture bio.

Les magasins spécialisés comptent pour environ 34 % des achats bio, mais c’est autrement la grande distribution qui progresse le plus en enregistrant aujourd’hui près de la moitié des achats.

Le cas du bio industriel

La porte ouverte à de nombreuses dérives puisque, malheureusement, l’agriculture et l’élevage intensifs n’épargnent pas non plus le secteur du bio. 

Le bio industriel, c’est-à-dire celui que l’on retrouve au niveau des marques de distributeurs, repose avant tout sur le rendement, sans réelle intention éthique derrière. Partant de là, on constate que les normes ont tendance à être allégées ou contournées. C’est comme ça que l’on se retrouve en grande surface avec des produits estampillés bio, suremballés en plastique, contenant des composants toxiques, ou avec des vêtements en coton biologique blanchis au chlore.

Sous la pression des multinationales, ce sont aussi les exportations qui sont à la hausse, avec un bond de 47 % en 2019 par rapport à l’année précédente. Il faut dire que la production française a bien du mal à suivre puisque seuls 7,5 % des surfaces agricoles du pays sont consacrés au bio, malgré une progression constante. 

Résultat, beaucoup de fruits et de légumes bio parcourent des milliers de kilomètres avant d’atterrir sur les étals de nos supermarchés, tout comme les tourteaux de soja importés massivement pour nourrir le bétail. Et forcément, cela a des conséquences à la fois sur la qualité du produit fini, mais aussi sur le bien-être animal puisque ce type de régime inadapté a tendance à détruire le foie des bovins qui se retrouvent alors à l’abattoir en quelques années seulement.

Rien à voir avec les valeurs paysannes qui ont impulsé le développement d’une agriculture biologique telles que le respect de la nature, la diversité des cultures et l’autonomie alimentaire. Le modèle de la grande distribution semble définitivement incompatible avec le bio qui ne se sert de ces valeurs écologiques que dans un intérêt marketing. C’est ce que l’on appelle le greenwashing.

Les labels bio

Pour s’y retrouver dans les rayons, les consommateurs ont la possibilité de se référer à de nombreux labels différents qui garantissent la certification bio et la qualité du produit. 

Le plus global de tous reste le label Eurofeuille mis en place par l’Union Européenne depuis 2010 et qui garantit notamment que 95 % des ingrédients du produit concerné sont issus de l’agriculture biologique ou que la part d’OGM y est maintenue au minimum. Maintenue au minimum mais pas interdite, quelques traces dans la limite de 0,9 % sont tout de même tolérées. 

C’est la raison pour laquelle de nombreux labels français ont fait leur apparition, afin d’imposer un cahier des charges un peu plus restrictif. On y retrouve notamment les labels dits généralistes tels que AB, Demeter, Nature & Progrès ou bien Bio Cohérence, qui impose aussi que les produits bio soient cultivés et transformés sur le sol français.

Côté cosmétiques, les labels Ecocert ou Cosmebio entre autres garantissent une large proportion d’ingrédients d’origine naturelle et une très faible part de composants de synthèse. Dans le cas d’Ecocert également, on note l’obligation d’élaborer des emballages recyclables et des étiquettes indiquant lisiblement le pourcentage de chaque ingrédient bio et d’origine naturelle.

Les bienfaits du bio

De quoi rassurer les consommateurs et inciter à profiter des nombreux atouts du bio. Les produits certifiés ont tendance à diminuer les risques de maladies chroniques, de résistance aux antibiotiques et de troubles neurologiques alors que les insecticides utilisés dans l’agriculture conventionnelle sont reconnus pour impacter négativement le système nerveux.. 

Le bio est aussi souvent décrit comme plus savoureux puisque les fruits et les légumes sont récoltés à maturité. Ce qui est certain en revanche, c’est que les produits bio sont récoltés et transformés de manière à conserver tous leurs nutriments essentiels. Les huiles sont pressées à froid, les céréales sont plus riches en fer, le lait contient davantage d’oméga 3 bons pour le cœur. Et puis, les fruits et les légumes bio se consomment avec la peau, là où sont concentrées les vitamines. 

L’agriculture biologique s’est ainsi fixé de nombreuses missions. Limiter l’érosion des sols en pratiquant la rotation des cultures, respecter le rythme de la nature, préserver les différents équilibres biologiques et les nappes phréatiques en bannissant notamment les produits toxiques. Consommer bio est donc à la fois un moyen de prendre soin de sa santé et de l’environnement.

Limites

Alors bien sûr, tout cela a un prix. Les produits bio sont bien souvent deux à trois fois plus chers que leurs équivalents conventionnels, notamment parce que ce type d’agriculture douce génère moins de rendements que l’agriculture classique, mais aussi parce que les réseaux de distribution sont encore en plein développement. Et puis, l’agriculture biologique emploie aussi davantage de main d’œuvre et sur des périodes plus longues, ce qui creuse encore un peu l’écart.

Malgré tout, on constate que les produits bio deviennent de plus en plus abordables avec les années, en partie parce que la production augmente mais aussi parce que les aides publiques se multiplient. 

En revanche, agriculture biologique ou non, certaines failles subsistent encore. L’état des sols n’est pas contrôlé avant de mettre en place un élevage ou une culture biologique, et des parcelles biologiques côtoient parfois des parcelles conventionnelles. Conséquence, les particules toxiques émises par l’une pourront migrer jusqu’à l’autre par le biais de la terre, de l’eau ou de l’air. De manière paradoxale, les élevage bio sont justement davantage confrontés à la pollution de l’air puisqu’ils passent plus de temps en extérieur. 

Quant à savoir si le bio pourrait nourrir toute la planète, nous n’en sommes pas encore là. La production bio est environ 35 % inférieure à l’agriculture conventionnelle, et il faudrait s’approprier de gigantesques parcelles de terre via la déforestation pour augmenter les surfaces cultivables. Impensable pour l’équilibre des écosystèmes et la lutte contre le réchauffement climatique. La France seule serait incapable de répondre aux besoins alimentaires de sa population et devrait dépendre encore un peu plus de l’approvisionnement extérieur.

Encadrement

Mais le bio progresse. La réglementation européenne sur l’agriculture biologique a largement évolué depuis 1991, ce qui permet de proposer aux consommateurs une vraie homogénéisation des mentions sur les emballages. 

Et puis face à la forte demande des consommateurs, le bio figure aussi au cœur de la politique alimentaire du gouvernement français. Parmi les initiatives, on note le programme Ambition Bio 2022 qui vise à généraliser les modes de production respectueux de l’environnement et qui s’appuie sur une enveloppe globale de 1,1 milliards d’euros. Répartis autour de 7 axes différents, les objectifs portent notamment sur le développement de la production, la structuration des filières ou encore l’amélioration de la recherche. 

Plus concrètement, il s’agira par exemple de consacrer 15 % de la surface agricole française à l’agriculture biologique, de proposer 50 % de produits bio et locaux dans les cantines scolaires et d’offrir à chaque région les outils spécifiques pour se développer. Le bio devrait aussi gagner en importance dans l’enseignement supérieur agronomique et vétérinaire pour former de nouveaux acteurs, et une toute nouvelle dynamique devrait aussi permettre à l’agriculture biologique de progresser jusque dans les départements d’outre-mer.

Mesures individuelles

Et pour ce qui est du quotidien, nous avons aussi la possibilité de participer à la transition écologique en repensant nos achats. Cela passe déjà par la découverte de nouveaux lieux de consommation, en privilégiant toujours le local. Les magasins bio bien sûr mais aussi les marchés de producteurs, les magasins coopératifs et même les paniers de l’AMAP, l’Association pour le Maintien de l’Agriculture Paysanne. Chaque semaine, pour une poignée d’euros, il suffit d’aller récupérer son panier garni. 

On privilégiera de cette façon les fruits et les légumes de saison ce qui permettra à la fois de faire baisser la note et de ne pas contribuer à l’impact carbone lié aux importations. Même à l’échelle locale d’ailleurs, certaines cultures bio s’effectuent sous serre chauffée afin d’obtenir des produits d’été en hiver mais là encore, la consommation d’énergie provoque des effets néfastes sur l’environnement et le rythme de la nature n’y est pas respecté.

Et puis pour ce qui est de consommer bio sans se ruiner, il existe beaucoup de petites astuces. On commencera déjà par acheter en vrac pour n’acheter que ce dont on a vraiment besoin et éviter de gaspiller de la nourriture. Chaque année, ce sont des dizaines d’euros et de kilos de nourriture par personne qui partent à la poubelle alors qu’une petite liste de courses et une bonne organisation du frigo permettraient déjà de mieux gérer ses provisions.

On prendra aussi l’habitude de consommer moins de viande et de laisser la place à des plats végétariens moins chers, riches en céréales et en légumes. L’occasion de prendre le temps de cuisiner ses propres plats bio, de redécouvrir des légumes moins consommés comme le panais et de cuisiner même les épluchures dans de nouvelles recettes. La production de viande est de toute façon une catastrophe écologique tant du côté des émissions polluantes que de la consommation d’eau alors mieux vaut en manger moins mais se faire plaisir plus occasionnellement avec de bons produits. Mais attention, bio ne signifie pas sain. Les produits transformés tels que les viennoiseries resteront généralement tout autant saturés de sucre alors mieux vaut diversifier ses menus et garder un œil sur les étiquettes.

Enfin, dans un jardin ou sur un petit bout de terrasse, on pourra réaliser nos propres plantations. Les tomates, les fraises ou les framboises par exemple ne demandent généralement pas beaucoup de place mais font partie des produits relativement chers. Les épluchures des fruits et légumes bio consommés s’intégreront ensuite parfaitement dans un compost naturel, parfait pour fertiliser les nouvelles cultures.

Conclusion

Alors bien sûr, un produit 100 % écologique n’existe pas puisque chacun nécessitera de l’énergie et de la matière première pour être fabriqué, et générera des déchets d’une manière ou d’une autre. 

Malgré tout, intégrer le bio à son mode de consommation, c’est agir pour l’environnement en luttant contre les produits chimiques et la pollution et c’est aider les petites entreprises à mieux vivre de leur métier. Consommer bio va finalement bien au-delà de la simple alimentation, c’est tout un mode de vie plus responsable qui s’installe progressivement, un petit geste à la fois. Une forte valeur ajouté pour l’économie des territoires, et une vraie promesse pour les générations de demain.

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