Le cycle de l’eau

Parmi les ressources naturelles qu’il nous faut absolument préserver, l’eau apparaît comme l’une des plus essentielles de toutes. Après avoir évoqué en détails les différentes étapes du cycle de l’eau, nous nous intéresserons dans cet article aux inégalités d’accès à travers le monde et aux problématiques auxquelles nous sommes d’ores et déjà confrontés. Nous passerons finalement en revue les projets internationaux et les gestes à adopter au quotidien afin d’économiser l’eau, pour que la ressource puisse profiter au plus grand nombre aujourd’hui comme demain. 

Pourquoi faut-il économiser l’eau s’il y en a autant ?

Une ressource presque aussi vieille que la Terre elle-même. Il y a environ 4,5 millions d’années, à la naissance de notre planète, l’eau faisait figure de grande absente. Tout juste la trouvait-on peut-être sous forme de vapeur mais la chaleur qui régnait alors empêchait la formation d’eau à l’état liquide. Il fallut attendre près de 200 millions d’années et la collision avec une série d’astéroïdes pour que des débris de glace touchent pour la première fois le sol de notre jeune Terre. 

Un peu plus tard, ce sont les volcans qui libéreront dans l’atmosphère des quantités colossales de cendres et de vapeur d’eau. Les températures étant alors devenues plus clémentes, la vapeur d’eau se condense et ruisselle à travers les sols pour remplir les premières fosses. Le premier océan apparaîtra quelques dizaines de millions d’années plus tard. 

Aujourd’hui sur Terre, nous disposons d’environ 1,4 milliards de km3 d’eau, et la quantité reste stable. Mais alors, pourquoi parlons-nous d’économiser l’eau alors que celle-ci couvre environ 70% de la Planète bleue ? En réalité, si nous y regardons de plus près, il n’y en a pas tant que ça. 

L’eau représente seulement 0.023% de la masse de la Terre, ce qui lui permettrait de tenir dans une petite sphère d’un peu plus de 1300 kilomètres de diamètre. 

À cette quantité, nous devons encore retirer l’eau salée qui compte pour plus de 97% de la masse globale et que l’on retrouve dans les mers et les océans. Quant aux 3% d’eau douce restants, ils sont stockés en grande partie dans les glaciers des pôles et donc inaccessibles pour l’Homme. L’eau douce directement disponible provient essentiellement des précipitations et tiendrait en réalité dans une petite bille d’une soixantaine de kilomètres de diamètre.

Du reste, l’eau existe sous des formes diverses et transite inlassablement d’un milieu à l’autre dans un circuit fermé, depuis la nuit des temps. C’est le cycle de l’eau.

Quel est le cycle de l’eau sur notre planète ?

Sous l’effet de la chaleur, elle se débarrasse de son sel et de ses impuretés et s’évapore des lacs, des rivières, des mers et des océans mais pas seulement. Une petite partie provient également des sols, des animaux, des hommes et surtout de la végétation. Car les plantes aussi transpirent, et le processus est d’ailleurs indispensable à la circulation de la sève. 

En atteignant l’atmosphère, la vapeur d’eau se condense en fines gouttelettes qui formeront bientôt des nuages et se déplaceront sous l’impulsion des vents. Au contact de l’air froid, les gouttelettes s’alourdissent et retombent sur la Terre sous forme de pluie, de neige ou de grêle. Ce sont les précipitations qui alimenteront en grande partie les mers et les océans. 21% des précipitations retombent sur les sols. 

L’eau ruissellera alors le long des pentes pour regagner les rivières qui rejoindront à terme les océans. Une petite partie se jettera éventuellement dans les lacs et les étangs pour y être stockée avant que le voyage ne recommence. Et une partie plus infime encore s’infiltrera dans les sols pour alimenter les nappes phréatiques souterraines. Là, l’eau trouvera parfois un chemin vers l’extérieur sous forme de source ou bien elle sera exploitée par l’homme comme réserve d’eau potable.

Commence alors un second cycle, plus court et exclusivement limité à nos activités humaines. On parle de cycle domestique de l’eau. Il s’agit de puiser dans ces nappes souterraines via le captage puis de traiter l’eau en usine afin de la rendre consommable, de la stocker puis de la distribuer aux populations. Elle sera ensuite dépolluée après usage et rejetée en milieu naturel où le cycle de l’eau pourra recommencer.

Actuellement, 62% de l’eau potable que nous consommons provient des eaux souterraines, le reste étant issu des eaux superficielles que sont les lacs, les rivières ou les torrents. Tous les milieux aquatiques sont donc interdépendants durant les différents cycles de l’eau. Et la manière dont l’eau est restituée au milieu naturel aura des conséquences sur ses usages ultérieurs car c’est à cette étape que peuvent apparaître et se propager diverses contaminations. 

L’eau une ressource naturelle indispensable à la vie

Or, chaque être vivant qu’il soit animal ou végétal a besoin d’eau de qualité et en quantité suffisante. Au même titre que l’oxygène, l’eau est la condition même de la vie. C’est là que sont apparus les premiers êtres vivants il y a plusieurs milliards d’années, et c’est la présence de lacs, de rivières ou de sources qui a permis la survie de nos tribus puis le développement de nos villes et de nos villages. 

Les plantes contiennent généralement 80 à 85% d’eau et parviennent grâce à elle à la fois à respirer et à puiser dans le sol les minéraux nécessaires à leur développement. Quant à nous, nous sommes constitués d’eau à environ 70%. Elle est indispensable au bon fonctionnement de nos cellules et de nos organes vitaux, aide au maintien de la température corporelle via la transpiration et à l’élimination des déchets solubles par l’urine.

Au quotidien, notre alimentation nous assure un apport moyen d’environ un litre d’eau chaque jour. Sachant que l’organisme en élimine quotidiennement 2,5 litres, il nous faut encore absorber 1,5 litres d’eau par jour afin de compenser les pertes hydriques.

Une simple perte de 10 à 15% peut entraîner la mort. Les nourrissons, constitués à 80% d’eau, sont d’ailleurs particulièrement vulnérables à la déshydratation. Chaque année, dans les pays les plus pauvres, ils sont des milliers à mourir du manque d’eau. La répartition mondiale de la ressource est en effet terriblement inégale. Et plus préoccupants encore, si les stocks d’eau sont renouvelables, ils ne sont en aucun cas inépuisables. 

Pourquoi l’eau douce est si précieuse ?

De nombreux facteurs mettent aujourd’hui en péril la quantité et la qualité de l’eau douce disponible. Le gaspillage, les fuites et l’élévation du niveau des mers par exemple mais aussi le réchauffement climatique qui entraîne le processus d’évaporation avant que l’eau n’ait eu le temps de remplir les nappes phréatiques. Les réservoirs d’eau reculent tandis que les déserts s’étendent dans certaines régions et même la France doit aujourd’hui faire face à des restrictions d’usage à certaines périodes de l’année face aux épisodes caniculaires de plus en plus fréquents. 

D’autre part, la déforestation et l’imperméabilisation des sols en milieu urbain ont pour effet de limiter la transpiration des plantes et l’infiltration des eaux dans le sol. En conséquence, le ruissellement et les inondations augmentent tandis que les nappes phréatiques peinent à se remplir. Et malgré tout, notre exploitation intensive se poursuit, épuisant toujours un peu plus les ressources. 

Il faut dire que nos besoins sont croissants. Pour répondre à la demande en énergie, on puise le pétrole partout où il est possible de le trouver. Or, le pétrole extrait des sables bitumineux, mélange d’argile, de sable et de pétrole brut, nécessite 10 fois plus d’eau que l’extraction du pétrole classique. Dans les secteurs industriels, il faut aussi des quantités considérables d’eau pour traiter et transformer les matières premières. La fabrication de la moindre puce informatique exige près de 32 litres d’eau et il en faut jusqu’à 2700 litres pour produire un simple t-shirt en coton. 

Et face à l’augmentation de la consommation de viande, l’élevage et l’abattage progressent entraînant avec eux une hausse de la consommation d’eau 6 à 20 supérieure à celle nécessaire pour la production de céréales. L’agriculture dans sa globalité est d’ailleurs très gourmande en eau puisqu’elle représente à elle seule 65 à 70% de la consommation mondiale. Parfois plus selon les pays. Chaque année, nombre d’agriculteurs procèdent d’ailleurs à l’assèchement des rivières en puisant dans les réserves d’eau disponibles, au détriment des populations qui y tirent leur eau potable. 

Et à la maison, entre l’hygiène corporelle, la vaisselle, la lessive ou les toilettes, ce sont au total plus de 93% de notre quantité d’eau quotidienne disponible qui sont consacrés à un usage domestique. La préparation des repas et la boisson ne représentent que les 7% restants, entraînant avec eux leur lot de gaspillage et de déchets. Entre la pollution agricole et ménagère ou l’enfouissement des déchets, seule la moitié des eaux de surface et souterraines sont encore intactes. Chaque année, ce sont environ 450 kilomètres cube d’eaux usées qui sont rejetées dans les lacs, les rivières et sur les côtes. 

On estime ainsi qu’au rythme actuel, d’ici à 25 ans, la masse d’eau de l’ensemble des rivières sera nécessaire rien que pour le transport et la dissolution des déchets humains. La pollution gagne les sources et les littorals comme en Bretagne où des marées d’algues vertes font régulièrement leur apparition du fait de la forte concentration en nitrates des eaux. En Russie, dans le lac Baïkal connu pour être le plus grand réservoir superficiel d’eau douce au monde, les bactéries prolifèrent et les déchets plastiques se multiplient, aidés par le tourisme massif de la région. 

Il nous faut pourtant garder à l’esprit que le stock d’eau mondial est limité et que sa reconstitution ne peut se faire qu’à la condition d’une exploitation raisonnée tant en terme de quantité que de maintien de la qualité. Alors que la consommation d’eau dans le monde a triplé en 50 ans et que de nombreux réservoirs naturels se sont transformés en véritables égouts à ciel ouvert, il est temps de réfléchir à la préservation de la ressource sur le très long terme. 

Enjeux mondiaux

Avec l’accroissement de la population mondiale, on prévoit d’ores et déjà que la demande en eau aura augmenté de 55% d’ici à 2050. Comme pour toutes les autres ressources que nous offre la Terre, il nous appartient aujourd’hui d’apprendre à consommer moins et mieux. Les politiques futures de gestion de l’eau devront impérativement prendre en compte la préservation de l’environnement et de la qualité de l’eau dans un contexte d’urgence où la ressource se fait de plus en plus rare.

Le volume de l’eau disponible sur la planète est aujourd’hui deux fois plus réduit qu’il y a 50 ans et si les réserves mondiales permettent encore à chaque habitant de disposer d’environ 7300 mètres cubes d’eau, la quantité devrait se limiter à 4800 mètres cubes d’ici à 25 ans. Les populations les plus pauvres seront forcément les plus touchées ce qui aggravera encore plus les inégalités entre les pays.

À l’heure actuelle, 2,1 milliards de personnes soit 30% de la population mondiale n’ont toujours pas accès à des services de distribution en eau potable et plus du double ne disposent pas d’une eau traitée en toute sécurité. Des travaux d’assainissement sont en cours dans les pays en développement mais l’objectif initial qui prévoyait une couverture universelle à l’horizon 2030 aura bien du mal à être atteint. 

Avec 7,5 milliards d’habitants sur Terre et si peu d’eau douce disponible, il n’est plus seulement indispensable mais il est urgent d’économiser la ressource dont nous disposons encore pour ne pas que l’eau soit au cœur des conflits de demain. Impossible d’envisager le développement durable dont il est tant question aujourd’hui sans une action préventive globale de la ressource en eau. 

Cela permettra notamment de mieux faire face aux conséquences du changement climatique et d’éviter une potentielle hausse des coûts due à la raréfaction de l’eau. Citoyens et gouvernements s’impliquent depuis des années déjà pour tenter de trouver des solutions.

Comment économiser de l’eau au niveau mondial ?

Depuis 1991, le Stockholm International Water Institute propose chaque année la Semaine Mondiale de l’Eau où se retrouvent les grands acteurs du monde entier pour échanger sur les questions techniques et politiques liées à la gestion de la ressource en eau. L’édition de 2019 a notamment porté sur la nécessité de mettre en place un système de distribution uniformément réparti sur la planète.

L’objectif de diviser par deux la part de la population mondiale n’ayant pas accès à l’eau avait été atteint en 2015 mais de façon générale, la croissance démographique est telle que les progrès n’arrivent pas toujours à suivre. D’ici à 2030, les Objectifs de Développement Durable ont fait de la question de l’eau une priorité absolue, avec la nécessité de mettre en place de vraies coopérations transfrontalières et internationales.

Parmi les solutions proposées, on parle aujourd’hui d’augmenter les capacités de stockage de l’eau en multipliant les barrages et les dispositifs locaux ou encore de mieux gérer les réservoirs disponibles par une exploitation raisonnée et un meilleur recyclage de la ressource. Un contrôle plus soutenu de la pollution des eaux devrait permettre d’augmenter les quantités disponibles pour chacun et de réduire les coûts de traitement.

Ça et là, des projets ambitieux commencent à voir le jour pour tenter d’atteindre ces objectifs. Il est question par exemple de recharger les nappes phréatiques en y injectant de l’eau claire ou de réutiliser les eaux usées pour l’agriculture et l’utilisation industrielle après un léger traitement. Sachant que seuls 2% des eaux usées collectées sont retraités, la gestion active de l’eau semble être un chantier essentiel sur lequel travailler. D’autres idées évoquent aussi le dessalement de l’eau de mer à plus grande échelle, la création artificielle de nuages ou bien l’installation en orbite de panneaux réfléchissants censés dévier une partie des rayons solaires afin de limiter l’évaporation. Autant d’initiatives qui présentent chacune leurs propres inconvénients en termes de coûts ou d’impact écologique, et qui nécessiteront de nouvelles discussions.

La gestion de l’eau est loin d’être facile compte tenu de la grande diversité des situations locales, aussi, il est essentiel que des solutions nationales viennent se coupler aux projets mondiaux. Il y a quelques années, l’Algérie, le Maroc et la Tunisie signaient un accord visant à partager équitablement les milliards de mètres cubes d’eau souterraine contenue au nord du Sahara, et les coopérations entre les États tendent à se poursuivre.

En France, les politiques proposées intègrent depuis de nombreuses années déjà la question de la préservation de l’eau et des milieux aquatiques. L’idée d’assainir et d’économiser la ressource reste au cœur des débats dans un pays où seuls 47% de l’eau douce disponible est encore de bonne qualité. L’hexagone s’implique ainsi dans de nombreux espaces d’échange tels que le Forum Mondial de l’Eau organisé tous les trois ans. Finalement, tous espèrent mettre un terme à la surexploitation des nappes souterraines et parvenir à une pollution zéro des eaux naturelles tout en garantissant la satisfaction des besoins de chacun.

Et tandis que les acteurs internationaux travaillent sur une meilleure gestion mondiale de la ressource, c’est à l’échelle locale qu’il est possible d’économiser l’eau de manière immédiate. À nous aujourd’hui de faire face à nos responsabilités en tant que citoyens du monde, et d’adopter les petits gestes qui pourraient tout changer demain.

Comment économiser de l’eau au niveau individuel ?

Économiser l’eau, ça commence par limiter le gaspillage en fermant le robinet le temps de se brosser les dents ou en s’assurant qu’aucun robinet ne fuit. Un simple filet d’eau dans la cuvette des WC peut par exemple laisser échapper jusqu’à 600 litres d’eau par jour. Il est d’ailleurs possible d’équiper ses robinets et pommeaux de douche de mitigeurs qui se chargeront de réduire le débit de 30 à 50% sans que cela n’impacte l’usage courant.

Après utilisation, on pense aussi à recycler l’eau qui n’aura pas été contaminée par des produits toxiques pour arroser ses plantes. On pense particulièrement à l’eau de cuisson qui est très riche en nutriments. Et tant que l’on est dans la réutilisation, la pluie peut être l’occasion de passer un bon coup d’éponge sur sa voiture, mais sans ajouter de substances chimiques qui iraient polluer les eaux pluviales.

Dans les toilettes, on opte de manière optimale pour un système de chasse d’eau à deux débits, essentiel pour diviser par deux le volume d’eau utilisé quotidiennement. On privilégiera également les douches qui consomment en moyenne 15 à 18 litres d’eau à la minute contre 150 litre pour un seul bain.

Côté électroménager, il sera plus intéressant de s’équiper d’un lave vaisselle plutôt que de faire sa vaisselle à la main. En plus d’être plus pratique, un lave-vaisselle récent peut consommer en moyenne 15 litres d’eau contre 3 à 4 fois plus pour une vaisselle manuelle.

Et puis au jardin, on pense au paillage pour maintenir l’humidité des sols et espacer les arrosages, ou bien l’on installe un système de goutte à goutte qui permettra de fournir aux plantes la juste quantité d’eau nécessaire. D’autre part, l’installation d’un réservoir pour stocker l’eau de pluie peut être une excellente source d’approvisionnement pour l’arrosage.

En diminuant notre consommation d’eau, nous réduisons les besoins globaux et le nombre d’infrastructures nécessaires pour y répondre. Cela permet aussi de limiter le traitement des eaux usées qui nécessite parfois des produits toxiques pour l’environnement. Maintenir des réserves suffisantes en eau est fondamental si nous souhaitons continuer à profiter d’un cadre de vie confortable, d’autant plus que nous sommes loin d’être les seuls habitants de cette planète.

Les poissons, les plantes, les oiseaux, les mammifères, tous ont besoin d’eau et tous sont déjà les victimes collatérales de nos mauvais comportements. À nous dès maintenant de voir plus large et d’adopter les bons réflexes qui profiteront à tous.

sit Curabitur pulvinar amet, ipsum dictum commodo ut tristique Praesent Sed