Compostage : le guide pour faire un bon compost

Au quotidien, la nature est absolument prodigieuse. Elle nous protège, nous soigne, nous nourrit, et prospère sans aucune intervention humaine.

Tandis que nous bataillons aujourd’hui avec la gestion de nos déchets, on constate que les forêts ont appris à gérer les leurs depuis des millions d’années sans se laisser ni envahir, ni polluer.

C’est en partant de cet exemple qu’est apparue la technique du compostage il y a plusieurs milliers d’années, technique que l’on voit à nouveau de plus en plus se développer dans nos villes et dans nos campagnes. Dans ce guide, nous vous proposons de découvrir les avantages d’un bon compost et les différentes manières de l’obtenir, pour pousser encore un peu plus loin votre démarche Zéro Déchet.

Qu’est-ce que le compostage ?

Très simplement, le compostage, c’est la reproduction d’un processus naturel de dégradation de certaines déchets. Même si nous ne les voyons pas, la terre abrite de véritables colonies de micro-organismes tels que des champignons ou des bactéries mais aussi des individus de plus grande taille comme les vers de terre. Et tout ce petit monde va se nourrir des sucres et des protéines contenus dans la matière organique morte, les feuilles, les résidus alimentaires, les débris de petits êtres vivants…

Cela va permettre aux déchets animaux et végétaux de se décomposer pour former sur le sol une couche superficielle de quelques centimètres d’épaisseur, que l’on appelle communément de l’humus. C’est ce qui recouvre le sol de nos forêts et de toute autre zone boisée par exemple. Et par ce procédé, aucun déchet organique ne reste. Tout est rendu à la terre, les sols sont nourris, mieux structurés et la nature peut ainsi continuer son cycle. 

Le compostage vise justement à reproduire ce processus dans nos jardins ou sur nos balcons, de manière à valoriser nos déchets et obtenir ainsi une sorte de terreau naturel qui nourrira ensuite nos plantations. Ce sont en tout 30 % des déchets ménagers qui peuvent être compostés. De quoi alléger considérablement nos poubelles tout en évitant le gaspillage. 

Historique du compostage

Nos ancêtres ont régulièrement eu recours à ce procédé au fil de l’Histoire.

Des tablettes d’argile issues de l’Empire Acadien, quelques 2000 ans avant J-C y font déjà référence. Les Romains, les Grecs connaissaient la technique, et même la Bible la mentionne, de manière légèrement différente à ce que nous connaissons aujourd’hui bien sûr.  

Au 19ème siècle, en Nouvelle Angleterre, la pépinière Stephen Hoyt and Sons tenta de fabriquer un compost à base de boue et de poissons morts. La méthode n’était encore vraiment efficace et il fallut attendre le siècle suivant, et tout particulièrement la fin de la Seconde Guerre Mondiale, pour voir se généraliser l’utilisation d’engrais chimiques, beaucoup plus riches en éléments nutritifs. 

Le 21ème siècle est finalement marqué par un retour aux méthodes d’agriculture et de jardinage biologiques, ce qui permet au compostage de reprendre enfin tout son sens. 

Une démarche Zéro Déchet

Chaque année en France, un habitant produit environ 500 kilos d’ordures ménagères. Un vrai gâchis lorsque l’on sait que les seuls déchets organiques sont composés d’eau de 60 à 90 %, et pourraient servir à d’autres usages. C’est la raison pour laquelle la technique du compostage est aujourd’hui parfaitement ancrée dans la démarche Zéro Déchet. 

Béa Johnson, véritable figure de proue du mouvement, a d’ailleurs inclus le compostage dans ses 5 règles phares visant à repenser notre mode de consommation et réduire notre production de déchets. Refuser ce dont nous n’avons pas vraiment besoin. Réduire nos besoins quotidien. Réutiliser ce qui peut l’être. Recycler ce qui ne se réutilise pas. Et enfin, composter le reste. Une manière d’aider à atteindre les objectifs nationaux qui se sont fixé de réduire de 50 % le gaspillage alimentaire d’ici à 2025. 

Que peut-on composter ?

En revanche, pas question de mettre tout et n’importe quoi dans notre compost et d’espérer obtenir de bons résultats. Il faudra s’en tenir aux matières biodégradables, ce qui inclut les épluchures de fruits et de légumes lavés, les fleurs fanées, les restes de pain, les fruits attaqués par les oiseaux, les feuilles, l’herbe tondue, les mauvaises herbes sans graines… Pensez aussi au marc de café et aux filtres en papier, aux copeaux de bois, au papier journal, aux essuies-tout usagés non imbibés de produits chimiques. 

N’oubliez pas d’ajouter enfin quelques coquilles d’œufs concassées à l’ensemble. Elles sont en effet riches en calcium, en magnésium, en phosphore et aident à neutraliser l’acidité des autres déchets puis à enrichir le compost final.

À l’inverse, il vaudra mieux éviter les déchets de poisson et de viande, susceptibles d’attirer des animaux autour de votre composteur. Les épluchures d’agrumes également, car elles contiennent un insecticide naturel et peuvent retarder la décomposition. Oubliez aussi les mauvaises herbes porteuses de graines susceptibles de favoriser leur prolifération, ou bien les déchets ayant subi un traitement chimique. Attention également aux épluchures de poires et de pommes de terre, potentiellement porteuses de maladies. 

Les avantages du compostage

Au final, en plus d’une réduction considérable des déchets de cuisine et de jardin, vous obtiendrez un engrais biologique qui apportera à vos végétaux tous les nutriments essentiels.

La croissance des arbres et des plantes même en pot ou en jardinière est favorisée, les sols sont fertilisés, mieux protégés des variations de température et plus aptes à retenir l’eau. Et puis le compostage, c’est aussi faire des économies d’engrais, de terreau, d’eau mais aussi de transport parfois, si vous vous déplacez jusqu’à la déchetterie pour jeter vos déchets. 

Mais avant d’arriver à un compost digne de ce nom, il faut s’entourer du bon matériel et adopter les bonnes techniques.  

Les techniques du compostage

Tout dépendra notamment du volume de déchets produits, et de la présence ou non d’un extérieur. 

Si vous possédez un bout de terrain, le compostage en tas présente l’avantage de ne pas être limité dans l’espace et d’être facilement accessible au quotidien.

Choisissez simplement une parcelle plate et désherbée, et placez-y vos déchets directement en contact avec la terre de manière à attirer facilement les vers, les insectes et les micro-organismes.

Bien sûr, le spectacle n’est pas très esthétique, d’autant que le compost laissé ainsi à l’air libre est plus exposé aux intempéries et aux petits animaux. On veillera dans ce cas à recouvrir le tout d’une bâche qui le protégera des précipitations, du vent, du froid et de la sécheresse. Comptez environ 8 à 10 mois pour obtenir un compost mûr dans ces conditions, en surveillant de près son évolution. 

Autre solution d’extérieur, le bac à compost en bois, en métal ou en plastique. Parfaitement adapté aux surfaces plus réduites, il évite aussi les nuisances visuelles et assure une décomposition homogène, à l’abri des aléas climatiques. Un petit tiroir situé en bas du bac permet de récupérer le fameux compost au fur et à mesure de sa production.

L’inconvénient s’il devait y en avoir un, c’est que le bac à compost n’est particulièrement adapté qu’aux petites productions de déchets. Rien ne vous empêche en revanche d’en utiliser plusieurs ou de cumuler son utilisation avec un compostage en tas. On appréciera généralement cette technique car elle permet un compostage plus rapide, entre 6 et 8 mois, et conviendra également aux terrasses et aux balcons selon la taille choisie. Pensez aussi au fût et au silo à compost qui fonctionnent à peu près selon le même principe. 

Plus pratique encore, si vous ne disposez que d’une surface extérieure réduite, le lombricompostage est un processus inodore qui garantit un compostage encore plus rapide. Il suffit dans ce cas de se procurer quelques lombrics, cousins des vers de terre, via LeBonCoin ou toute autre plateforme, et de les laisser grignoter petit à petit vos déchets.

Derrière leur aspect plutôt repoussant, il faut en effet savoir que les vers dans leur globalité font un travail considérable ce qui ne les empêche pas de faire aujourd’hui partie des espèces menacées. 80 % des vers ont disparu des sols cultivés de France. Pourtant, par leurs déjections et leur travail de la terre, ils contribuent à la fertilité naturelle des sols.

Dans notre lombricompost, nous ferons particulièrement attention aux températures excessives, entre 15 et 25°C pas plus, ce qui sous-entend de ne pas le laisser en plein soleil l’été ni exposé au froid l’hiver. Attention aussi à ne pas trop charger le composteur, il faut que les lombrics puissent tout grignoter pour éviter les mauvaises odeurs. Il est généralement conseillé de couper les déchets en petits morceaux pour faciliter leur assimilation, voir de conserver le surplus au réfrigérateur en attendant de pouvoir remplir à nouveau le composteur. 

Du reste, le lombricompostage est une méthode pratique qui peut se faire directement en intérieur et se laisser dans un coin de la cuisine. Il faut généralement entre 1 à 2 mois selon les conditions pour obtenir un premier compost utilisable. Et le petit plus, c’est qu’en supplément vous obtiendrez ce que l’on appelle le «lombrithé», ou «thé de compost». Un véritable concentré liquide de nutriments pour vos plantes, issu de l’activité digestive des vers de compost. À diluer dans de l’eau et à utiliser avec parcimonie pour améliorer la croissance de vos plantes. 

Les plus bricoleurs pourront directement fabriquer leur lombricomposteur en empilant 2 ou 3 boîtes en plastique percées de quelques trous et munies d’un petit robinet sur la partie inférieure pour récupérer le compost mûr. Même chose pour le bac à compost, de nombreux tutoriels en ligne vous aideront à réaliser le vôtre.

Dernière astuce, sachez que certaines collectivités proposent le compostage collectif ou partagé. N’hésitez pas à vous renseigner auprès de votre municipalité, ou bien rapprochez-vous de votre copropriété pour savoir s’il serait possible d’installer un bac à compost au sein de votre résidence. 

Comment faire un bon compost ?

Quelle que soit la méthode de compostage retenue, veillez à choisir un endroit accessible et légèrement ombragé. Vous commencerez par disposer une fine couche de paille ou de branchettes pour favoriser l’aération, puis vous ajouterez les déchets par couches successives en alternant déchets humides comme les épluchures ou l’herbe tondue et déchets secs tels que le papier et le carton. Dans l’idéal, les couches de déchets secs seront légèrement plus épaisses que celles des déchets humides.

Vous verserez ensuite de l’eau pour humidifier le tout mais sans jamais le détremper. La décomposition s’effectuera aussi au contact de l’oxygène et de la lumière et dégagera une intense chaleur, jusqu’à 70 °C, durant les premières semaines du processus. La phase de maturation qui suivra oscillera entre 35 et 45°C. Équipez-vous si besoin d’un thermomètre de couche pour observer l’évolution de la température au cœur du compost. À noter que cela ne concerne pas le lombricompostage, également appelé «compostage à froid», qui n’entraîne aucune montée en température. 

Si nécessaire, vous ajouterez un activateur de compost trouvable dans le commerce ou un peu de fumier que vous déposerez tous les 20 centimètres d’épaisseur, pour accélérer le phénomène. 

5 conseils pour réussir son compost

Malgré tout, le compostage reste une technique qui demande du temps et qui nécessite certains gestes indispensables. Ces 5 conseils pratiques devraient vous permettre de réaliser et d’utiliser votre compost dans les meilleures conditions.  

1 – Maintenir un bon équilibre

Tout d’abord, la règle d’or en matière de compost, c’est de maintenir un bon équilibre entre les différents éléments. Les déchets organiques, ou humides, se décomposeront plus rapidement et permettront la prolifération des bactéries tandis que les déchets secs apporteront du carbone au mélange et favoriseront l’apparition de champignons. Pour obtenir un compost équilibré, il sera important de placer ⅔ de déchets humides pour ⅓ de déchets secs. 

2 – Aérer son compost

Deuxième conseil, le brassage régulier est indispensable à la réussite de votre compost. Vous commencerez par mélanger les déchets toutes les 2 à 4 semaines puis vous passerez éventuellement à 4 ou 6 semaines au fil du temps. Cela permettra d’apporter à la faune bactérienne l’oxygène nécessaire à son activité. Dans le cadre d’un tas de compost, on estime que l’air est censé représenter au moins 50 % du volume. 

3 – Contrôler le taux d’humidité

Autre facteur à prendre en compte, le taux d’humidité. Un excès d’eau diminuera la quantité d’air disponible dans le volume du compost. Et à l’inverse, les bactéries ne peuvent pas survivre dans un mélange trop sec. Faites un test en prenant une poignée de compost dans votre main. Si des perles d’eau commencent à apparaître, alors le taux d’humidité est bon. Dans le cas contraire, il vous faudra soit arroser l’ensemble, soit en étaler une petite partie à l’air libre durant quelques d’heures avant de la mélanger à nouveau au reste des déchets. 

4 – Surveiller son compost

Quatrième conseil, la vigilance ! Un bon compost s’examine régulièrement de manière à déceler et à corriger tous les petits soucis éventuels. De mauvaises odeurs se dégagent de votre mélange ? C’est généralement le signe d’une aération insuffisante et d’une trop grande quantité d’eau. Diminuez alors l’arrosage, brassez le tout et ajoutez quelques déchets secs. Des moisissures se développent ? Au contraire ici, votre compost est sans doute trop sec. Aérez le mélange et ajoutez de l’eau ou des déchets riches en eau. Avec une surveillance régulière, les interventions seront toujours faciles et rapides. 

5 – Être patient

Et enfin dernière astuce, prenez le temps de tamiser votre compost de manière à obtenir un mélange homogène. La présence d’éléments encore grossiers indiquera que la décomposition ne s’est pas terminée alors n’hésitez pas à les remettre dans le mélange. Un compost mûr sera fin, à la manière d’un terreau. 

Il est très important de ne pas précipiter l’utilisation de votre compost. Un compost utilisé avant d’être arrivé à maturité pourrait éventuellement être déposé au pied d’arbres adultes mais risquerait autrement de brûler vos plantes. On considère qu’un compost est mûr lorsqu’il a pris une teinte sombre, qu’il sent la terre forestière, qu’il s’effrite facilement et que tous les vers ont disparu. Cela signifie qu’il ne reste plus de matières fraîches à travailler. Bien évidemment, cela n’inclut pas le lombricompostage dans lequel vos petits vers restent et attendent vos déchets suivants. 

Comment utiliser mon compost ?

Une fois prêt, le compost s’utilise tout au long de l’année. À la fin de l’hiver, il aide à préparer les sols pour les nouvelles plantations tandis qu’au printemps, il permet de faciliter la croissance des plantes même en intérieur. Dans le premier cas, il vous suffira de l’incorporer par binage dans les couches superficielles du sol, entre 5 et 15 cm de la surface, pas plus. Les quantités dépendront quant à elle des besoins de chaque plante. 

Les plantes grasses par exemple n’ont besoin d’aucun engrais. Les légumes peu exigeants tels que l’ail, les oignons, les échalotes ou les radis se contenteront d’un apport moyen de 1 à 3 kg par m² chaque année. Les variétés plus délicates comme les courgettes, les aubergines, les pommes de terre, les choux, les fraises ou les framboises réclameront en revanche 3 à 5 kg de compost par m² par an. Quant aux terres très pauvres ou devant se préparer à la création d’un futur jardin, ce sont plus de 5 kilos par m² et par an qui sont à prévoir.

Si vous n’avez pas obtenu suffisamment de compost pour l’ensemble de votre jardin, n’hésitez pas à le compléter par du terreau prêt à l’emploi. Il vous faudra de toute façon utiliser la même technique pour utiliser votre compost sur des plantes en pot ou en jardinière. Pour de nouvelles plantations, mélangez 40 % de compost avec votre terreau habituel, et faites descendre la proportion à 20 ou 30 % pour le remplissage d’anciennes jardinières. 

Si nécessaire, répartissez enfin une fine couche de compost en surface pour protéger le pied de vos plantations et assurer leur bon développement.

Objectif Zéro Déchet

Alors bien sûr, c’est avec le temps que vient l’expérience mais le compostage fait partie de ces petits gestes simples et faciles à mettre en place que tout le monde peut réaliser, en maison comme en appartement. En France, 14 % du total de nos déchets organiques sont compostés à l’heure actuelle et en agissant ensemble, il est facile de faire grimper ce pourcentage.

Et dans l’éventualité où le compostage ne serait vraiment pas envisageable pour le moment, il est toujours possible de réduire au maximum ses déchets organiques en cuisinant les feuilles et les épluchures des fruits et des légumes bio. Les épluchures de légumes mélangées donnent un excellent bouillon, les fanes des radis se transforment en pesto, les feuilles de chou donnent plus de saveurs à nos soupes… Même les pieds des brocolis se coupent en rondelles et se cuisinent au wok avec des épices et une poignée d’autres légumes. 

Conclusion

Comme nous l’avons vu, le compostage comme la réutilisation font partie des axes d’action de la démarche Zéro Déchet. En plus de limiter l’impact de nos déchets sur l’environnement et d’aider à diminuer l’émission de gaz à effet de serre, le compostage tout particulièrement permet de lutter contre l’appauvrissement des sols et les phénomènes de ruissellement qui mettent aujourd’hui en péril le bon renouvellement de nos nappes phréatiques.

Une pratique qui s’adapte à toutes les configurations de terrain, et à tous les types d’habitation. En un mot, à essayer sans attendre. 

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