La vague coréenne a fait entrer le ginseng et la centella dans les salles de bains françaises

Vingt-huit ingrédients sont déclarés au dos d’un masque en tissu coréen vendu en France. Le deuxième est un extrait de Centella asiatica, les vingt-troisième et vingt-quatrième des extraits de Panax ginseng et de Camellia sinensis. Derrière ces trois lignes, il y a des racines arrachées au bout de cinq ou six ans et des feuilles cueillies à la main entre octobre et mai.

Présentoir mural d'albums de musique dans un magasin de disques
Des albums de musique alignés sur un présentoir mural, dans un magasin de disques. Photo ran liwen, Unsplash.

Pourquoi trois plantes d’Asie se retrouvent sur une étiquette française

La Corée du Sud a exporté pour 10,2 milliards de dollars de cosmétiques en 2024, selon son ministère de la Sécurité alimentaire et des médicaments. Ces produits sont arrivés dans les parfumeries et les pharmacies françaises après la musique et les séries, jamais avant. Le public a d’abord connu des chansons et des feuilletons, puis des formats de soin qu’il ne pratiquait pas : essences, ampoules, masques en tissu. Les plantes mises en avant sont devenues des arguments de marque avant d’être des espèces.

Ce que l’ordre des ingrédients dit, et ce qu’il tait

En Europe, la composition d’un cosmétique s’écrit selon la nomenclature INCI. Le règlement (CE) n° 1223/2009 fixe la règle de classement à son article 19 : la liste est établie dans l’ordre décroissant de l’importance pondérale des ingrédients au moment de leur incorporation. Une exception vide cette règle par le bas, puisque les ingrédients présents à moins de 1 % peuvent être mentionnés dans le désordre, après ceux qui dépassent 1 %.

Sur ce masque, l’eau ouvre la liste et l’extrait de centella arrive juste derrière : ce deuxième rang correspond à une part réelle de la formule. Le ginseng et le thé, eux, sont en queue de liste, celle des moins de 1 %, où l’ordre ne prouve plus rien.

ConsoMag, le magazine de l’Institut national de la consommation, sur l’étiquetage des produits cosmétiques.

Trois lignes, trois familles, trois géographies

Panax ginseng est une herbacée vivace des Araliacées, haute de 30 à 60 centimètres, à racine pivotante. Son aire d’origine couvre les zones montagneuses de l’Extrême-Orient russe, du nord-est de la Chine et de la péninsule coréenne : des trois plantes de l’étiquette, c’est la seule qui soit réellement chez elle en Corée. Les racines sont récoltées quand les plants ont cinq ou six ans, et le comté de Geumsan produit plus de 80 % du ginseng distribué dans le pays.

Centella asiatica appartient aux Apiacées, la famille de la carotte. C’est une vivace rampante des zones humides tropicales, que le commerce abrège en « cica ». Une part importante de la matière première cosmétique vient de Madagascar, d’où sont exportées chaque année environ 600 tonnes de feuilles sèches, cueillies le long des rivières et des rizières d’octobre à mai. Camellia sinensis, enfin, est l’arbuste du thé, de la famille des Théacées : la Corée du Sud cultive cette espèce venue d’ailleurs, et le comté de Boseong assure environ 40 % de la production nationale.

Ce que l’industrie coréenne a exporté en même temps que ses cosmétiques

Les flacons n’ont pas voyagé seuls. Le groupe BTS a donné lieu à un set LEGO passé par la plateforme LEGO Ideas, où un projet déposé par des amateurs devient un produit du catalogue s’il réunit assez de soutiens et passe la revue interne de l’entreprise. Il porte la référence 21339, il est sorti le 1er mars 2023, il compte 749 pièces et sept minifigurines, une par membre du groupe, et il reproduit des décors du clip de Dynamite. Un numéro, une année, un nombre de pièces : c’est la fiche signalétique d’un produit dérivé ordinaire, répertorié chez Geek Planet, un comparateur français consacré aux objets de collection.

Reste l’étiquette. Ce qu’elle établit s’arrête à peu de chose : une espèce, parfois un organe, un rang. Ni la quantité en dessous de 1 %, ni le procédé d’extraction, ni le pays de récolte. Trois noms latins y désignent une racine de montagne, une rampante de zone humide et une feuille de théier. C’est peu, et c’est déjà plus que ce qui figure sur le devant de la boîte.